Marie Loana et Jean-Kévin, vos nouveaux modèles


Pas ce soir, j'ai...

 

La question a dû pourrir vos nuits et obscurcir vos journées printanières. Où donc était passé l’écho harmonieux du Cottage qui rythmait votre temps mieux qu’un métronome suisse ? Donc avant même de vous abreuver de la justesse et de la pureté de ma pensée, je me dois de vous fournir quelques mots d’explications sur ce silence de près d’un mois. Ma retraite en valait la peine. Car j’ai consacré tout ce temps loin du cottage à un but aussi noble que vital pour l’équilibre de votre Jean-Kévin préféré, et donc aussi quelque part pour le genre humain.


Vous l’aviez peut-être noté au gré de mes digressions : ces derniers temps, une menace sombre et inquiétante planait sur moi. Et sa présence ne cessait de prendre de l’ampleur, au point d’empiéter sur ma vie sociale, professionnelle et même familiale. Anthrax, extrémisme politique, psychopathe violent, pollution nucléaire, espionne vénéneuse, règlement de compte maffieux, me demanderez-vous ? Non, rien de tout ça. Mais le mal qui me rongeait n’en était pas pour autant moins pernicieux. Car sournois de nature, il aime se donner un aspect à première vue inoffensif, si pas familial, ce qui dissimule à merveille sa noirceur.


Et il faut avouer que c’est plutôt bien vu : franchement qui se méfierait d’une piscine ? Pourtant, cette saloperie chlorée a bien failli venir à bout de ma vaillance légendaire. Une sortie était prévue avec mes condisciples du bridge ? Pas possible, il y a avait piscine. Une séance de câlins appuyés se profilait avec ma Marie-Loana toute de dessous en tweed (dé)vêtue ? Jamais dans la piscine, monsieur ! Mes enfants ont préparé avec amour un splendide cadeau pour célébrer dignement la fête des pères ? Que nenni, tu n’auras rien Jean-Kévin, la madame des vestiaires de la piscine est kleptomane et a dévalisé leurs sacs.


Donc pendant un mois, je suis passé à l’action. Pour faire les choses dans les règles de l’art. Et j’ai pris le maquis pour venir à bout de la bête immonde. En plaçant le virus de la légionellose dans quelques canalisations de piscines communales. En sabotant des usines productrices de chlore au fin fond du Kirghizistan. En noyant un maître-nageur imprudent dans un quelconque bain public de banlieue. En jouant au satyre dans les vestiaires humides d’une ‘piscine olympique’ occupés pour l’occasion par une vénérable école catholique version féminine et prépubère. Ou encore En exhibant fièrement mon herpès dorsal soigneusement entretenu dans les eaux d’un bassin peuplé de nageurs manifestement peu intéressés par la chose médicale et extrême.


Mon combat a-t-il porté ses fruits ? Oui et non. Oui parce que l’institut dans lequel je séjourne provisoirement et d’où je vous écris ces quelques lignes ne dispose pas de piscine, ni de baignoire d’ailleurs. Non, parce que faire guisou guisou avec Marie-Loana quand on est placé en défense sociale, c’est pas toujours facile. Et pour traiter mes dossiers fiscaux en pleine période de déclaration, ce n’est pas non plus l’idéal, même si depuis son exil exotique et définitif Monsieur Reynders ne risque pas de m’en tenir rigueur.


Je vous laisse, c’est l’heure de mes cachets. En plus, ce soir j’ai Ciné Club avec un film de Jacques Deray dont la vedette est monsieur Delon. Si j’en crois mon voisin Yves L. de Vlaanderen, un ancien dirigeant de PME passé dans une multinationale et qui a difficilement supporté la pression de sa nouvelle fonction, ça s’appelle de zwembad.